Foi et Justice : le père Jeyaraj rassemble plus de 130 ans d’engagement des jésuites en faveur de la justice sociale
Lorsque le père Xavier Jeyaraj, ancien Secrétaire pour la Justice sociale et l’Écologie, a entrepris de compiler un ouvrage détaillant l’engagement de la Compagnie de Jésus en faveur de la justice sociale, son objectif était simple : rassembler quelques documents clés montrant comment les jésuites ont répondu aux luttes du monde. Cette idée, qui a germé lors du jubilé 2019 du Secrétariat pour la Justice sociale et l’Écologie (SJES) à la Curie Générale, a maintenant pris la forme d’un recueil en deux volumes de plus de 1.500 pages, le document le plus complet sur l’engagement des jésuites en faveur de la justice sociale depuis 1891.
Les volumes sont intitulés A Journey of Faith Promoting Justice (1891-2024)[Un parcours de foi au service de la justice (1891-2024)]. Le premier volume rassemble les Normes complémentaires des Constitutions de la Compagnie de 1996, où des références à l’apostolat social ont été officiellement incluses. À côté de celles-ci figurent les décrets de diverses Congrégations Générales de la Compagnie de Jésus.
Le premier volume contient également des lettres des Supérieurs Généraux de la Compagnie relatives à la justice sociale, depuis Wlodimir Ledóchowski jusqu’à Arturo Sosa. Certains de ces textes n’étaient auparavant disponibles qu’en latin, et une vingtaine d’entre eux ont maintenant été traduits en anglais pour la première fois, grâce à Alex Dewitt, un scolastique jésuite canadien, et à de nombreuses autres personnes, mentionnées dans le volume, qui ont aidé à la traductionà partir d’autres langues.
En 1891, l’encyclique Rerum Novarumdu Pape Léon XIII a jeté les bases de la Doctrine sociale de l’Église catholique, qui s’est développée au fil des ans à travers les encycliques papales, les documents conciliaires et les déclarations épiscopales. Cette tradition a abordé, entre autres, les questions du travail, de la justice économique, de l’autorité politique, des droits humains et, plus récemment, de l’écologie et des migrations.
D’aucuns pourraient penser que la Compagnie n’a commencé à aborder les questions de justice sociale qu’à partir des 31e et 32e Congrégations Générales dans les années 1960 et 1970. Le père Jeyaraj nous rappelle que dès 1892, lors de la 24e Congrégation Générale présidée par le Père Général Luis Martin, les jésuites ont parlé des droits du travail et de la nécessité pour les jésuites de s’impliquer dans des questions similaires.
Chaque chapitre commence par une introduction qui fournit un contexte. Le volume 1 comprend trois chapitres de documents officiels. Le volume 2, quant à lui, traite des discours, des allocutions, des déclarations, des conversations et des entretiens avec les Supérieurs Généraux sur des questions liées à la justice sociale. Il commence par le père Pedro Arrupe qui, en tant que Supérieur Général, a pu voyager largement et s’exprimer plus publiquement sur des questions concernant la foi et la justice. Les Supérieurs Généraux qui lui ont succédé ont poursuivi son œuvre, et leurs discours sont classés par thème : éducation, apostolat social, foi et spiritualité, et d’autres ministères.
Il explique que le processus de recherche a été exigeant, mais aussi très enrichissant. Au départ, il ne connaissait que quelques documents sur la justice sociale, mais au fur et à mesure qu’il creusait, une piste en amenait une autre ! Il a déniché des textes dans les Acta Romana et même certains qui avaient été cachés dans les archives des Provinces. « Cela a été difficile, mais j’ai pris plaisir à le faire », se souvient-il. « J’ai pu approfondir ma connaissance de la Compagnie sous cet angle. »
« Pourquoi devrais-je lire cet ouvrage ? », pourriez-vous vous demander. Le père Jeyaraj répond que la compréhension de l’histoire est indispensable si nous voulons savoir comment avoir un impact aujourd’hui. « Si vous ne connaissez pas l’histoire, d’où vous venez, et que vous pensez vouloir relever les défis, vous réinventez la roue. Mais si vous connaissez l’histoire, si vous savez ce que les jésuites ont tenté de faire et ce qui a été dit, alors vous commencez à comprendre où nous allons. »
Le père Jeyaraj résume cet ouvrage en soulignant son titre : « C’est un compendium parce qu’il donne une vue d’ensemble du parcours, un parcours de foi qui promeut la justice. » Le résultat final est ce point de référence pour quiconque étudie l’histoire du service de la foi et de la justice dans la Compagnie de Jésus. C’est un document qui met en évidence le développement et la continuité de l’engagement des jésuites en faveur de la justice sociale.







