Le pape François et l’héritage spirituel du Réseau Mondial de Prière du Pape
Tout au long de son pontificat, le pape François a prôné une Église à l’écoute, accompagnatrice et, surtout, priante. Un aspect essentiel de cette vision était la revitalisation du Réseau Mondialde Prière du Pape (RMPP), qu’il considérait comme un mouvement mondial ancré dans le cœur compatissant du Christ, plutôt que comme une simple collection d’intentions. Le père Cristobal Fones, SJ, directeur international du Réseau, réfléchit à l’héritage spirituel profond que le pape François a laissé à travers le Réseau, caractérisé par une prière personnelle profonde, un engagement actif auprès des personnes qui souffrent dans le monde et un appel à vivre chaque jour comme une mission d’amour.
Comment décririez-vous l’héritage spirituel que le pape François laisse à travers le Réseau Mondial de Prière du Pape ?
Il est clair que pour le pape François, comme il l’a répété à maintes reprises, « le cœur de la mission de l’Église est la prière ». Cette conviction a toujours été au centre de son pontificat. Tout ce que nous sommes et faisons en tant que disciples de Jésus trouve sa source dans la rencontre avec Lui, qui fait de nous ses amis et ses apôtres.
Pour François, prier ne consiste pas simplement à prononcer des mots. Il s’agit avant tout de cultiver une amitié personnelle, ouverte et authentique avec le Seigneur. Une amitié qui nous implique... Et avec toute sa personne, représentée dans son cœur. Cela a été bien résumé dans sa lettre encyclique Dilexit Nos, qu’il nous a laissée comme son grand testament spirituel. Le cheminement spirituel du Réseau de prière (Le Chemin du Cœur) qu’il nous a demandé de diffuser nous aide à approfondir ce fondement spirituel.
Le pape François a souvent insisté sur la prière comme forme d’action. Comment a-t-il inspiré le RMPP à être non seulement un réseau de prière, mais aussi un mouvement d’engagement compatissant envers les souffrances du monde ?
La vraie prière est toujours un acte d’amour, un amour compatissant et engagé envers les souffrances de l’humanité. On prie pour ce qui nous tient à cœur, pour ce qui nous semble précieux. Et plus nous sommes proches du cœur de Jésus, plus ses préoccupations et ses souffrances nous tiennent à cœur, nous rendant disponibles pour collaborer à sa mission. Être chrétien et être social font partie de la même expérience. La proximité avec le Christ nous conduit vers ceux qui sont dans le besoin et nous rend sensibles à de nouvelles réalités, même celles qui nous semblent lointaines ou inconnues.
C’est pourquoi les intentions de prière proposées par le successeur de Pierre, en tant que Vicaire du Christ parmi nous, sont des défis essentiels et urgents pour l’humanité et la mission de l’Église. Elles sont un appel à prendre conscience des réalités auxquelles nous devons faire face dans le cadre de notre mission ecclésiale. Et dès le premier instant, en bon fils d’Ignace de Loyola, le Pape a compris que « l’amour doit être mis davantage dans les actes que dans les paroles » (Exercices spirituels 230).
Avec le recul, comment ses intentions de prière mensuelles reflétaient-elles ses préoccupations les plus profondes pour l’humanité et l’Église ? Y a-t-il des intentions particulières qui, selon vous, ont capturé l’essence de son pontificat ?
Il est très intéressant de revoir son pontificat à travers le prisme de ses intentions de prière. Elles reflètent ses principales préoccupations. Ce sera certainement le cas du prochain pape également. Si vous visitez, par exemple, la page La Vidéo du Pape, vous seriez impressionné par cette préoccupation constante pour le concret. Ses intentions de prière sont une manière de rassembler son enseignement pastoral.
Et je ne doute pas que l’une de ses grandes préoccupations était la paix. Encourager la véritable fraternité humaine était le grand objectif de son pontificat, et la guerre est l’expression la plus forte de ce qui contredit cet objectif. L’humanité est confrontée à de nombreux défis, et celui-ci est le plus grand et le plus important de tous. Il l’a répété dans presque toutes ses audiences générales et ses Angélus, et cela a été au centre de son dernier message du dimanche de Pâques et de la bénédiction solennelle Urbi et Orbi dimanche dernier, le 20 avril.
Il était profondément engagé en faveur d’une Église à l’écoute et accompagnatrice. Comment cette éthique a-t-elle influencé l’approche du RMPP en matière d’accompagnement spirituel, en particulier auprès des jeunes et des personnes marginalisées ?
Pour François, la synodalité n’était pas un sujet parmi d’autres... Il ne cherchait pas à introduire quelque chose d’étranger à la vie de l’Église, mais à en retrouver l’essence même. Cette approche nous a beaucoup aidés, car le RMPP est une œuvre mondiale qui repose sur la participation de nombreuses personnes très diverses. Nous ne sommes pas un mouvement laïc, mais un service ecclésial. Ici, tout le monde a sa place ; tout le monde, tout le monde, tout le monde, comme il nous le répétait avec tant de force.
Cela marque profondément le travail pontifical. Et pas seulement en raison de la diversité des langues et des cultures que nous avons toujours sous les yeux, mais aussi parce que nous prions pour des situations mondiales qui nous amènent à regarder au-delà de nos contextes, avec une attention particulière pour les personnes marginalisées et les jeunes. Plus encore, ce sont précisément les personnes simples qui sont les plus engagées dans ce véritable apostolat de la prière. Cela fait que le Réseau est fondamentalement fondé sur notre baptême commun, et non sur nos positions ou nos fonctions, qu’elles soient à l’intérieur ou à l’extérieur de la communauté ecclésiale. Dans un certain sens, notre mission s’éloigne beaucoup du cléricalisme et des relations de subordination pour servir plutôt tout le monde, en particulier les plus faibles.
Quand vous pensez à l’avenir, que souhaiteriez-vous que ce réseau devienne pour les générations futures ?
Je pense qu’à l’avenir, il souhaiterait que le prochain pape fasse également siennes ces intentions et propose à son tour celles qui jaillissent de son cœur. Je suis sûr que pour François, l’essentiel serait que nous gardions les yeux fixés sur Jésus, afin de ne pas tomber dans la tentation de devenir un projet de communication sur des sujets intéressants, mais plutôt de continuer à être un véritable réseau de personnes qui s’offrent chaque jour aux côtés du Seigneur et comprennent leur propre vie quotidienne comme une mission, un envoi, un apostolat ; comme une véritable collaboration à la mission de compassion de Jésus.







