Del Camino Jesuit Border Ministries : trouver le Christ dans les migrants
Par Therese Fink Meyerhoff | Province UCS
(Centre-Sud des États-Unis)
[Tiré de la publication « Jésuites 2025 - La Compagnie de Jésus dans le monde
»]
Le service de pastorale et des sacrements que propose Del Camino Border Ministries le long de la frontière entre les États Unis et le Mexique crée un espace où les personnes traumatisées par des expériences difficiles pendant leur voyage vers l’espérance peuvent trouver attention personnelle et repos.
Pour Flavio Bravo, saint Oscar Romero n’est jamais bien loin. Flavio est un prêtre jésuite, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, dont la mission est d’être au service des migrants sur place pour subvenir à leurs besoins pastoraux et sacramentaux. Parmi ces migrants, nombreux sont ceux qui ont parcouru de longues distances à travers des territoires dangereux à la merci des cartels de la drogue qui tirent profit des personnes sans défense. Ils ont fui des conditions de vie tellement insoutenables que leur seule option était de se tourner vers un obscur avenir dans un autre pays : en arrivant à la frontière, ils découvrent qu’ils doivent attendre, encore et encore, avant de pouvoir passer de l’autre côté. Ils vivent dans des refuges ou des campements de fortune avec d’autres migrants. Et pendant qu’ils attendent, ils essaient de garder espoir dans des conditions déplorables.
Flavio Bravo est l’un des trois jésuites qui travaillent à Brownsville, Texas, l’un des endroits les plus pauvres des États-Unis. Avec le père Brian Strassburger et Joseph Nolla, jésuite en formation, ils font partie d’une nouvelle initiative appelée Del Camino Jesuit Border Ministries, baptisée ainsi en honneur à la Vierge, Nuestra Señora del Camino. Chaque jour, Flavio se rappelle les paroles de l’archevêque Romero : être le berger d’un peuple qui souffre.
« Chaque fois que nous nous rendons dans les refuges ou les campements des migrants, je prie le psaume : Le Seigneur est mon berger », raconte le P. Bravo. « Ce n’est pas mon agenda qui me guide : ce sont les personnes avec lesquelles nous cheminons qui nous montrent le chemin. Elles partagent avec nous des histoires d’obscurité ; nous, nous essayons de leur apporter des prés d’herbe fraîche et la guérison. »
Del Camino Jesuit Border Ministries a vu le jour en juin 2021 avec l’envoi en mission auprès du diocèse de Brownsville de trois jésuites de la Province du Centre-Sud des États-Unis. Il s’agissait d’une mission différente, notamment pour des prêtres récemment ordonnés comme Brian Strassburger et Louis Hotop. Ils n’ont été affectés à aucune œuvre apostolique jésuite, au contraire, ils ont reçu, directement de l’évêque Daniel Flores, une mission plus large : lire la réalité de la situation des migrants et y répondre.
Ce qu’ils ont découvert, c’est la réalité d’une communauté de migrants dans un criant besoin. Au-delà de leurs conditions de vie misérables, ils n’avaient pratiquement aucun soutien pastoral ni sacramentel. En tant que jésuites, ils ont discerné que c’était à cela qu’ils devaient répondre. Ils se sont alors mis en route, vers les refuges et les campements, des deux côtés de la frontière, pour y célébrer la messe, proposer les sacrements et écouter les récits de ces personnes en reconnaissant ainsi leur humanité.
« Accompagner autant de migrants est une bénédiction », témoignait Brian Strassburger. « J’ai écouté des histoires de douleur, de peur et de perte ; je les porte dans mon cœur et je dépose leurs vies auprès de Dieu, dans ma prière. Je les porterai avec moi à jamais. Comme Claudia, qui était à la tête d’une cuisine pendant son séjour dans l’un des campements de migrants à Reynosa, et qui, aujourd’hui, m’envoie des photos de sa maison à Saint Louis, Missouri, lorsqu’elle cuisine une des spécialités de son pays de naissance, le Honduras. Ou bien Ashley, une petite fille de douze ans qui servait la messe dans son refuge ; sa maman m’envoie des photos de la petite qui apprend à jouer du violon à son école primaire du Wisconsin. »
Dans un campement ou un refuge de migrants, la messe est très simple, la nappe d’autel posée sur une table pliante. Les gens s’assoient sur des chaises pliantes ou restent debout. Personne n’échappe à la rigueur des températures, été comme hiver, et pourtant, les migrants sont fidèles au rendez-vous. C’est comme une bouffée d’oxygène entre leur terrible passé et leur présent incertain ; ils y trouvent une source d’eau vive où se renouvelle l’espérance qui leur permet de continuer à avancer.
« J’ai été surpris de voir à quel point aucun évènement météorologique n’empêche ces personnes de quitter leurs tentes pour venir célébrer ensemble l’eucharistie », raconte le P. Strassburger. « Je suis le témoin, de jour en jour, que la foi de ces migrants est la source de leur espérance et de leur force au milieu d’un périple dangereux et dans une attente incertaine : la force pour résister et l’espérance qu’un jour ils arriveront en lieu sûr. »
Les jésuites de Del Camino leur fournissent aussi de l’aide humanitaire, grâce aux dons qui leur parviennent par le biais de leur Province jésuite et par la « liste de souhaits » qu’ils ont mis en place sur Amazon.com. Grâce à la plateforme The Jesuit Border Podcast, ils partagent aussi avec d’autres les histoires de ces personnes en les publiant pour rendre plus humaine l’expérience des migrants et plus visible le travail des défenseurs des migrants à la frontière, mais aussi partout aux États-Unis.
Beaucoup de migrants portent des cicatrices physiques et psychiques qui témoignent du traumatisme et de la violence subis. Mais ce que font les jésuites du Del Camino Border Ministries va bien au-delà de cette douleur.
« Chaque fois que nous entrons dans un refuge pour migrants, nous y découvrons le visage du Christ », affirme le père Brian.







