Arrupe Migrant Center à Beyrouth : se rencontrer, prier, jouer

Par Michael Petro, SJ | Province UEA (Est des États-Unis), au service de la Province du Proche Orient
[Tiré de la publication « Jésuites 2025 - La Compagnie de Jésus dans le monde »]

Quand le sport crée des occasions de rencontre, de détente, de promotion de la femme, d’amitié et des liens interreligieux, tout en un, au Arrupe Migrant Center (Centre de Migrants Arrupe) de l’église jésuite Saint Joseph, à Beyrouth.

Un dimanche ordinaire, à l’église jésuite Saint Joseph, à Beyrouth, on oublie facilement où l’on est exactement. Des travailleurs migrants des Philippines, du Sri Lanka, et de toute l’Afrique passent leur journée ensemble avec des réfugiés du Soudan du Sud, et avec leurs voisins libanais, au sein du Arrupe Migrant Center (AMC), situé au premier étage de l’église.

Les migrants doivent faire face à de graves problèmes au Liban, engendrés par un système qui leur refuse les droits les plus élémentaires tant au niveau du travail que de l’immigration, faisant de l’application de la loi une affaire privée. Malgré tout, la créativité, le courage et la force des communautés de migrants demeurent une source de grâce. C’est sur cette base que les jésuites ont développé l’AMC en tant que communauté de communautés, un lieu où les organisations gérées par les migrants peuvent se rencontrer et trouver du soutien, ainsi que toute une offre de services et d’accompagnement pastoral spécialement conçue pour les migrants et les réfugiés. Fernando et Chandrani, deux leaders de la communauté srilankaise, nous proposent un aperçu de cet environnement ouvert à la grâce et riche de la diversité des expériences des migrants au Liban.

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Pour Fernando Sugath, paroissien convaincu par ailleurs, le dimanche signifie surtout une chose : le cricket. Fernando est un travailleur migrant originaire du Sri Lanka, il est le moteur de la ligue de cricket aujourd’hui hébergée au sein de l’AMC. L’histoire a commencé il y a une dizaine d’années ; à l’époque, Fernando et quelques amis se retrouvaient pour jouer sur des parkings vides. La ligue, constituée de migrants, devait déménager sans cesse. Sans siège, et compte tenu de la raréfaction de lieux publics disponibles au Liban, les travailleurs migrants peinaient à trouver des endroits où se réunir, prier ou jouer ensemble. Dans chaque nouveau terrain, ils se retrouvaient face à des propriétaires et à des autorités qui les expulsaient, les intimidaient et qui allaient même jusqu’à arrêter les joueurs. La ligue se voyait toujours contrainte de déménager. Enfin, en 2002, après avoir résolu les premières complications légales, l’AMC est devenu le sponsor de la ligue et lui a attribué une aire de jeu permanente sur les terrains de l’église.

Le cricket est important pour lui-même : le temps libre et les loisirs sont vitaux dans un système de travail où les travailleurs migrants sont surchargés et isolés, et dont la vie quotidienne est peu à peu érodée. Mais des petites choses commencent à germer, à l’intérieur et à l’extérieur du terrain de jeu. S’il est vrai que la ligue, au départ, ne concernait que des hommes, Fernando s’est vite engagé dans la création d’équipes féminines. Aujourd’hui, six équipes féminines en moyenne s’affrontent régulièrement ; parmi elles, un groupe d’aides-ménagères philippines qui ont découvert ce sport au Liban. Pour beaucoup de ces femmes, c’est la première fois qu’elles pratiquent un sport traditionnellement réservé aux hommes. Étonnamment, aussi, des équipes qui vont au-delà des conflits nationaux et ethniques ont vu le jour. Ici, au Liban, des équipes constituées d’Indiens aux côtés des Pakistanais, ou de Cinghalais aux côtés des Tamouls viennent guérir les rancunes et les guerres dans leurs pays d’origine. Le cricket va loin, au Liban. Le modèle de la Ligue est maintenant une source d’inspiration pour le développement de nouvelles actions au sein du JRS, basées sur le sport et gérées par la communauté, œuvrant ainsi main dans la main avec les jésuites.

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Tous les dimanches, à l’autre bout du parking de l’église, une autre rencontre insolite a lieu également. Plusieurs douzaines de membres de la communauté bouddhiste srilankaise se retrouvent pour prier dans leur propre temple, situé au sein de l’église sous les bureaux du JRS. Chandrani Varnashingha, aide-ménagère et leader de sa communauté, a mis plus d’une dizaine d’années à trouver un lieu pour prier – après avoir fait le tour des appartements privés et des bibliothèques ‒ avant de découvrir l’AMC. Elle se souvient affectueusement de chacun des prêtres jésuites ‒ Martin McDermott, Theo Vlugt et d’autres ‒ qui ont accueilli le groupe et qui ont fait de l’église un foyer insolite pour la communauté bouddhiste. Pour les membres de cette communauté, les salles de prière sont comme un foyer, et pour montrer leur reconnaissance, ils réunissent tous les mois plus de 200 convives bouddhistes et non bouddhistes pour un repas partagé. La communauté bouddhiste accueillie par les jésuites peut construire ses propres lieux de rencontre dans l’AMC.

En collaborant avec les jésuites et le personnel du centre, Fernando et Chandrani ont été des agents de la grâce au milieu des difficultés de la vie des migrants au Liban.

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Publié par Communications Office - Editor in Curia Generalizia
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