L’espérance comme mode de vie | Attendre dans l’espérance
Par Gregory Sharkey, SJ
Nous disons que ces semaines de l’Avent, pendant lesquelles nous nous préparons à célébrer la naissance de Jésus, sont un moment pour renouveler l’espérance. Mais qu’entendons-nous par espérance ? Dans le sens courant du terme, l’espérance est souvent liée à l’optimisme, à une anticipation positive de l’avenir. L’espérance dans ce sens ordinaire a généralement un objet, un désir d’issue positive ou d’amélioration de la situation. Il est orienté vers des besoins spécifiques. Nous prions pour que quelqu’un survive à une maladie ou se remette d’une opération chirurgicale. Nous prions pour la fin de la guerre en Ukraine, pour un voyage en toute sécurité, pour le bien-être de nos proches, et pour d’innombrables autres intentions.
Parfois, nous obtenons ce que nous voulons, mais souvent, ce n’est pas le cas. Prier plus fort ne garantit pas le résultat que nous recherchons. Alors, que se passe-t-il lorsque nous n’obtenons pas ce que nous voulons ? Au pire, cela peut amener certains à remettre en question leur foi. Au mieux, cela nous amène à attribuer le résultat à la volonté impénétrable de Dieu. Une telle espérance, un désir ardent de ce qui n’est pas, semble inutile.
Les bouddhistes parmi lesquels je vis diraient que ce sentiment d’espérance, en tant que désir ardent de ce que nous n’avons pas, ou d’un avenir positif sur lequel nous n’avons aucun contrôle, n’est qu’une autre forme d’attachement, que le bouddhisme définit comme la racine de la souffrance. Cette espérance n’est qu’une manifestation du désir qui conduit à une souffrance auto-infligée. Il peut même être un obstacle à notre croissance spirituelle. Il devient une sorte d’opiacé, un mécanisme d’évitement qui atténue la douleur et masque les réalités les plus dures de la vie.
La véritable conception chrétienne de l’espérance est quelque chose de plus qu’un sentiment, plus qu’un vœu pieux ou un déni des aspects désagréables, du stress et de l’anxiété de la vie. Ce n’est pas simplement un désir et une aspiration. L’espérance chrétienne est liée à la prière dans un sens plus profond que la simple requête. Il touche à toute notre relation avec Dieu. La manière dont nous prions et les raisons pour lesquelles nous prions sont façonnées par l’espérance.
En s’inspirant de la lettre de saint Paul aux Corinthiens, l’Église enseigne que l’espérance est une vertu, au même titre que la foi et l’amour. Comme toutes les vertus, l’espérance est une qualité humaine ou une « excellence » qui peut être cultivée par la pratique, mais qui atteint finalement sa plénitude par la grâce de Dieu. Pour reprendre un terme de Flannery O’Connor, romancière catholique américaine, l’espérance est une « habitude d’être ». Elle est enracinée dans une vision incarnationnelle du monde, c’est-à-dire la conviction que nous vivons dans un monde imprégné de la grâce et de la présence de l’esprit de Dieu. Comme l’affirme le protagoniste du Journal d’un curé de campagne de Bernanos dans un dernier souffle : « Tout est grâce ». Cette conviction que la grâce est partout est également au cœur de la « Contemplatio ad amorem » de saint Ignace de Loyola, la dernière méditation de ses Exercices spirituels.
L’espérance en tant que vertu s’apparente davantage à la confiance qu’au désir. Une confiance enracinée dans les promesses de Dieu ; la confiance que nous sommes entre les mains de Dieu et que le progrès vers l’union avec Dieu est authentique. C’est la conviction confiante que la vie se déroule selon le dessein de Dieu, quelles que soient les calamités ou les épreuves qui peuvent nous frapper. Le réconfort que procure l’espérance ne découle pas de la réalisation de nos souhaits. Il vient du fait que nous sommes plus fermement enracinés dans l’amour de Dieu. C’est cette espérance qui renaît à chaque Noël.







