Un homme de conviction, un Général de paix

C’était un matin au ciel azur à Nagatsuka, au Japon, durant l’été 1945. À 8h10, deux prêtres jésuites se saluent après la prière du matin dans leur résidence sur le campus du noviciat et du théologat jésuites. Alors qu’ils se préparent à accompagner les scolastiques dans leurs moments de prière et d’étude, un vent chaud et humide souffle dans la maison, annonciateur d’une journée chaude et humide. Le jésuite responsable, le maître des novices et vice-recteur de la communauté, interroge son compagnon sur la bonne marche de la maison et le bien-être de ses protégés. Cinq minutes plus tard, au moment où les deux jésuites prennent le temps d’apprécier le calme de la matinée, leur attention est attirée par un éclair à l’horizon. Alors que le supérieur des jésuites se précipite vers la porte d’entrée, un bruit assourdissant et un très fort vent le terrassent, brisant les fenêtres, arrachant les portes de leurs gonds et démolissant les murs. Le temps qu’il reprenne ses esprits, qu’il se lève, il aperçoit un énorme nuage d’un feu ardent qui s’élève lentement du centre de la ville.

Il est 8h15.

La date : le 6 août 1945.

Le lieu : Hiroshima.

Le jésuite est le père Pedro Arrupe, SJ.

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Arrupe, avant d’être proclamé « serviteur de Dieu » ou d’avoir été élu 28e Supérieur Général de la Compagnie de Jésus, était un jésuite espagnol, missionnaire au Japon durant 27 ans. Il a commencé son ministère le 7 juin 1938 après avoir demandé durant dix ans au Père Général Wladimir Ledóchowski de l’envoyer dans cette mission. Au cours des sept années qui ont suivi, Arrupe a étudié le japonais à Hiroshima, a été curé d’une paroisse à Yamaguchi, a été détenu en tant qu’étranger au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, a été nommé maître des novices et vice-recteur à Nagatsuka, et a prononcé ses vœux perpétuels... Tout cela, avant ce matin d’août où sa ville a été détruite par la première bombe atomique lancée sous le coup de la colère.

Situé à la périphérie d’Hiroshima, le campus a été épargné du pire de la dévastation. Cependant, Arrupe a décrit dans son journal les horreurs qui suivraient : « Un groupe de jeunes femmes, âgées de dix-huit ou vingt ans, s’accrochant les unes aux autres en se traînant le long de la route... Elles continuaient à avancer, un cortège régulier de quelque 150.000 personnes. Cela donne une idée de la scène d’horreur qu’était Hiroshima. »

En voyant venir des survivants, Arrupe a rallié les jésuites pour transformer le campus en hôpital de fortune, puis il a fait servir sa formation médicale, qu’il avait reçue vingt ans plus tôt, pour soigner les blessés. « Pour nettoyer les blessures, il fallait percer et ouvrir les ampoules. Nous avions dans la maison 150 personnes dont un tiers ou la moitié avaient des plaies ouvertes. » Le travail s’est poursuivi pendant des jours, puis des semaines, avant qu’Arrupe ne prenne conscience que ce n’était pas suffisant de soigner les survivants qui parvenaient jusqu’à la périphérie de la ville.

« Il y avait quelque 120.000 blessés à soigner ... dans la ville, il y avait 50.000 cadavres, qui, s’ils n’étaient pas incinérés, provoqueraient une terrible épidémie. A la lumière de ces faits, un prêtre ne peut pas rester en dehors de la ville juste pour préserver sa vie. Bien sûr, quand on vous dit que dans la ville il y a un gaz qui tue, vous devez être très déterminé pour ignorer ce fait et s’y rendre. Et c’est ce que nous avons fait. Et nous avons rapidement commencé à élever des pyramides de corps et à y verser du carburant pour les brûler. »

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Le père Arrupe passera encore deux décennies au Japon, période pendant laquelle il deviendra vice-Provincial, puis premier Provincial du Japon. Il a recueilli des fonds pour reconstruire la mission japonaise et, sous sa direction, la Province s’est agrandie jusqu’à compter 300 jésuites de 30 nations différentes. Son charisme et son humilité étaient si frappants que, le 22 mai 1965, il a été élu 28e Supérieur Général de la Compagnie de Jésus.

Même s’il eut à s’établir à Rome, ces années au Japon – en particulier son expérience à Hiroshima – continueront à inspirer sa prière et son ministère pour le reste de sa vie. En témoignent la création du Service Jésuite des Réfugiés (JRS - Jesuit Refugee Service), l’engagement de la Compagnie de Jésus à servir les pauvres, les oubliés et les marginaux. Ces jours d’horreur et de grâce ont donné le ton au leadership de celui que l’on a appelé « le deuxième fondateur de la Compagnie de Jésus ».

Alors que le père Arrupe s’apprête à être béatifié et canonisé, il est bon de se rappeler que le jésuite qui a connu tant de souffrances et de tragédies était un fervent partisan de la grâce et du pardon. Le prêtre qui prêchait la guérison était prêt à se sacrifier pour protéger les autres et soulager leurs souffrances. Le Général qui avait vu le pire de la guerre est devenu l’un des plus ardents promoteurs de la paix au sein de l’Église.

P. Pedro Arrupe

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Publié par Communications Office - Editor in Curia Generalizia
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